Ils passent leur temps à raconter par écrit des vies imaginaires. Les uns racontent ce qu’ils ont vécu en le mettant sur le compte de personnages de leur fantaisie, afin de dégager leur
responsabilité et se permettre toutes les impudences. Les autres font vivre à leurs créatures tout ce qu’ils auraient bien voulu vivre eux-mêmes, pour se donner l’illusion d’avoir
vécu.
Cet oiseau noir dans ma tête
Ne se laisse pas apprivoiser
Il est comme un nuage qui se défile
et qu'on n'attrape jamais
comme la fumée entre les doigts
et la brume sur les yeux
J'ai vraiment tout fait
Pour rester seule et libre.
J'ai fui mes amants,
J'ai coupé les mains qui s'accrochaient aux jupes,
J'ai injurié les tendresses classiques,
Les sentiments vulgaires,
Le bonheur appliqué.
Je voulais l'amour fou, les vertiges.
Je ne les ai pas eus.
Et je suis restée seule
Comme le premier saurien sortant de l'eau.
Je ne regrette pas les inutilités laissées derrière moi;
L'absurde nostalgie du bonheur.
Nelly Kaplan,Poème inédit, Les Cahiers de
Philippe Soupault
Imprudences.